Vie de Franklin, écrite par lui-même - Tome I Suivie de ses œuvres morales, politiques et littéraires

By Benjamin Franklin

Page 12

mes compagnons un grand tas de pierres, destinées à
bâtir une maison près du marais, et très-propres à remplir notre objet.
En conséquence, le soir, dès que les ouvriers furent retirés, je
rassemblai un certain nombre d'enfans de mon âge, et en travaillant avec
la diligence d'un essaim de fourmis, et nous mettant quelquefois quatre
pour porter une seule pierre, nous les chariâmes toutes, et
construisîmes un petit quai. Le lendemain matin, les ouvriers furent
très-surpris de ne plus retrouver leurs pierres. Ils virent bientôt
qu'elles avoient été conduites à notre chaussée. On fit les recherches
sur les auteurs de ce méfait. Nous fûmes découverts. On porta des
plaintes. Plusieurs d'entre nous essuyèrent des corrections de la part
de leurs parens; et quoique je défendisse courageusement l'utilité de
l'ouvrage, mon père me convainquit enfin que ce qui n'étoit pas
strictement honnête, ne pouvoit être regardé comme utile.

Peut-être sera-t-il intéressant pour vous d'apprendre quelle sorte
d'homme étoit mon père. Il avoit une excellente constitution. Il étoit
d'une taille moyenne, mais bien fait, fort, et mettant beaucoup
d'activité dans tout ce qu'il entreprenoit. Il dessinoit avec propreté,
et savoit un peu de musique. Sa voix étoit sonore et agréable, quand il
chantoit un pseaume ou une hymne, en s'accompagnant avec son violon, ce
qu'il fesoit souvent le soir après son travail; il y avoit vraiment un
grand plaisir à l'entendre. Il étoit aussi versé dans la mécanique, et
savoit se servir des outils de divers métiers. Mais son plus grand
mérite étoit d'avoir un entendement sain, un jugement solide et une
grande prudence, soit dans sa vie privée, soit dans ce qui avoit rapport
aux affaires publiques. À la vérité il ne s'engagea point dans les
dernières, parce que sa nombreuse famille et la médiocrité de sa fortune
fesoient qu'il s'occupoit constamment des devoirs de sa profession. Mais
je me souviens très-bien que les hommes qui dirigeoient les affaires,
venoient souvent lui demander son opinion sur ce qui intéressoit la
ville, ou l'église à laquelle il étoit attaché, et qu'ils avoient
beaucoup de déférence pour ses avis. On le consultoit aussi sur des
affaires particulières; et il étoit souvent pris pour arbitre entre les
personnes qui avoient quelque différend.

Il aimoit à réunir à sa table, aussi souvent qu'il le pouvoit, quelques
amis ou quelques voisins, en état de raisonner avec lui, et il avoit
toujours soin de faire tomber la conversation sur quelque sujet utile,
ingénieux et propre à former l'esprit de ses enfans. Par ce moyen, il
tournoit de bonne heure notre attention vers ce qui étoit juste,
prudent, utile dans la conduite de la vie. Il ne

Last Page Next Page

Text Comparison with The Complete Works in Philosophy, Politics and Morals of the late Dr. Benjamin Franklin, Vol. 1 [of 3]

Page 2
I.
Page 71
I gave him what he demanded, and he departed soon after for Carolina, from whence he sent me, in the following year, two long letters, containing the best accounts that had yet been given of that country, as to climate, soil, agriculture, &c.
Page 72
It was a lucrative employment, and proved a very seasonable help to me; another advantage which I derived from having habituated myself to write.
Page 81
Their apparatus was large, and by means of it they were enabled to collect large quantities of the electric fluid, and thus to produce phenomena which had been hitherto unobserved.
Page 94
Franklin and the other trustees were enabled to prosecute their plan, for perfecting the institution, and opening the college upon the large and liberal foundation on which it now stands; for which purpose they obtained their additional charter, dated May 27th, 1755.
Page 121
--If a cork-ball so suspended be repelled by the tube, and a point be presented quick to it, though at a considerable distance, it is surprising to see how suddenly it flies back to the tube.
Page 143
2.
Page 154
this natural proportion of electrical fluid is taken out of a piece of common matter, the triangles formed by the remainder, are supposed to widen by the mutual repulsion of the parts, until they occupy the whole piece.
Page 164
attract and retain it strongest, and contain the greatest quantity.
Page 166
I shall be able to make this part intelligible.
Page 189
The experiment was this: To take two phials; charge one of them with lightning from the iron rod, and give the other an equal charge by the electric glass globe, through the prime conductor: when charged, to place them on a table within three or four inches of each other, a small cork ball being suspended by a fine silk thread from the cieling, so as it might play between the wires.
Page 205
_ They diverge, because they have received electric atmospheres from the electric matter before contained in the substance of the prime conductor; but which is now repelled and driven away, by the atmosphere of the glass tube, from the parts of the prime conductor opposite and nearest to that atmosphere, and forced out upon the surface of the prime conductor at its other end, and upon the threads hanging thereto.
Page 206
--_Effect of a Shock on the Operator in making the Experiment.
Page 229
The doctrine of repulsion, in electrised bodies, I begin to be somewhat doubtful of.
Page 247
West's house from damage by a stroke of lightning, would give me great pleasure.
Page 271
--But a _long pointed rod_ being presented to this fragment, may occasion its receding, like the cotton, up to the great cloud; and thereby _increase_, instead _of lessening_ the distance, so as often to make it greater than the striking distance.
Page 311
prospects of future ability, _ibid.
Page 319
109.
Page 327
either prevent or conduct a stroke, 310.
Page 330
_Paradoxes_ inferred from some experiments, i.