Vie de Franklin, écrite par lui-même - Tome I Suivie de ses œuvres morales, politiques et littéraires

By Benjamin Franklin

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père appréhenda que s'il ne m'en offroit un plus agréable, je ne
fisse le vagabond et ne prisse le parti de la mer, comme avoit fait, à
son grand mécontentement, mon frère Josias. En conséquence, il me menoit
quelquefois voir travailler des maçons, des tonneliers, des
chaudronniers, des menuisiers et d'autres artisans, afin de découvrir
mon penchant, et de pouvoir le fixer sur quelque profession qui me
retînt à terre. Ces visites ont été cause que depuis j'ai toujours
beaucoup de plaisir à voir de bons ouvriers manier leurs outils; et
elles m'ont été très-utiles, puisqu'elles m'ont mis en état de faire de
petits ouvrages pour moi, quand je n'ai pas eu d'ouvrier à ma portée, et
de construire de petites machines pour mes expériences, à l'instant où
l'idée que j'avois conçue étoit encore fraîche et fortement imprimée
dans mon imagination.

Enfin, mon père résolut de me faire apprendre le métier de coutelier; et
il me mit pour quelques jours en essai chez Samuel Franklin, fils de mon
oncle Benjamin. Samuel avoit appris son état à Londres et s'étoit établi
à Boston. Le payement qu'il demandoit pour mon apprentissage ayant déplu
à mon père, je fus rappelé à la maison.

J'étois, dès mes plus jeunes ans, passionné pour la lecture, et je
dépensois en livres tout le peu d'argent que je pouvois me procurer.
J'aimois, sur-tout, les relations de voyages. Ma première acquisition
fut le _Recueil de Bunyan_, en petits volumes séparés. Je vendis ensuite
ce recueil pour acheter la _Collection historique de R. Burton_,
laquelle consistoit en quarante ou cinquante petits volumes peu coûteux.

La petite bibliothèque de mon père étoit presqu'entièrement composée de
livres de théologie-pratique et de controverse. J'en lus la plus grande
partie. Depuis, j'ai souvent regretté, que dans un temps où j'avois une
si grande soif d'apprendre, il ne fut pas tombé entre mes mains des
livres plus convenables, puisqu'il étoit alors décidé que je ne serois
point élevé dans l'état ecclésiastique. Il y avoit aussi parmi les
livres de mon père, les _Vies de Plutarque_, que je parcourois
continuellement; et je regarde encore comme avantageusement employé le
temps que je consacrai à cette lecture. Je trouvai, en outre, chez mon
père, un ouvrage de Defoe, intitulé: _Essai sur les Projets_; et
peut-être est-ce dans ce livre que j'ai pris des impressions, qui ont
influé sur quelques-uns des principaux évènemens de ma vie.

Mon goût pour les livres, détermina enfin mon père à faire de moi un
imprimeur, bien qu'il eût déjà un fils dans cette profession. Mon frère
étoit retourné d'Angleterre, en 1717, avec une presse et des caractères,
afin d'établir une imprimerie

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»Ce qu'il a écrit de sa Vie, montrera, d'une manière frappante, comment un homme peut, par ses talens, son travail, sa probité, s'élever du sein de l'obscurité jusqu'au plus haut degré de la fortune et de la considération.
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Je vais vous citer un fait qui, quoiqu'il ne soit pas fondé sur la justice, prouve que j'ai eu de bonne heure des dispositions pour les entreprises publiques.
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Je regardois attentivement tous ceux que je rencontrois.
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J'essayai de le convaincre que la force corporelle, que donnoit la bière, ne pouvoit être qu'en proportion de la quantité solide de l'orge, dissoute dans l'eau, dont la bière étoit composée.
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C'étoit un bien meilleur déjeûner, qui coûtoit tout au plus la valeur d'une pinte de bière, c'est-à-dire, trois demi-sols; et qui, en même-temps, fesoit qu'on avoit des idées bien plus claires.
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Je payai les dettes de la société, et continuai le commerce pour mon propre compte.
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Je commençai à payer peu-à-peu la dette que j'avois contractée; et afin d'établir mon crédit et ma réputation, comme commerçant, j'eus soin, non-seulement d'être laborieux et frugal, mais d'éviter toute apparence du contraire.
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[39] Cette citation du _Monthly Review_ de Londres, année 1749, attaquoit d'une manière trop sévère, l'administration et la discipline des universités d'Oxford et de Cambridge, et fut ôtée des nouvelles éditions de l'écrit de M.
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Franklin fit une nouvelle tentative.
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Les colons ne reconnurent jamais ce droit de contrainte: mais comme ils se flattoient qu'on ne l'exerceroit pas, ils n'étoient pas très-ardens à le combattre.
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Les ministres suivirent aveuglément leur plan, et mirent les colons dans l'alternative d'opter entre la soumission absolue ou l'insurrection.
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L'une étoit la _Société Philadelphienne, pour le soulagement des prisonniers_; et l'autre, la _Société Pensylvanienne_, dont l'objet est de travailler à l'abolition de l'esclavage, de secourir les nègres naturellement libres et retenus dans la servitude, et d'améliorer la condition des Africains.
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Je désire que dans deux cents ans, à compter du jour où l'institution commencera, la disposition des quatre millions soixante-un mille livres sterlings soit partagée entre les habitans de Philadelphie et le gouvernement de Pensylvanie, de la même manière que je l'ai indiqué pour les habitans de Boston et le gouvernement de Massachusett.
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3º.
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D'AVOIR DES SONGES AGRÉABLES; ADRESSÉ À MISS .
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Ce fretillement, pour me servir d'une expression vulgaire, faute d'en avoir une meilleure, est absolument occasionné par une inquiétude de la peau, dont la matière transpirable ne s'échappe point, attendu que les draps en ayant reçu une quantité suffisante, et étant saturés, ils ne peuvent en prendre davantage.
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Tous les tableaux qui se présenteront à l'imagination, seront agréables.
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On doit faire attention aux moindres choses qui peuvent altérer le crédit d'un homme.
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Celui qui prodigue sottement pour cinq schellings de son temps, perd cinq schellings, avec autant d'imprudence que s'il les jetoit dans la mer.
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Je tournai quelques feuillets, et je vis qu'il devoit se lever chaque jour encore plus matin jusqu'à la fin de juin; et que dans aucun temps de l'année il ne se levoit pas plus tard que huit heures.