Vie de Franklin, écrite par lui-même - Tome I Suivie de ses œuvres morales, politiques et littéraires

By Benjamin Franklin

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dont les parens vouloient le forcer à
l'épouser, et il dit qu'en conséquence je ne pouvois ni me montrer ni
partir publiquement. Je vendis une partie de mes livres pour me procurer
une petite somme d'argent, et je me rendis secrètement à bord de la
corvette. Favorisé par un bon vent je me trouvai, en trois jours, à
New-York, à près de trois cents milles de chez moi. Je n'étois âgé que
dix-sept ans, je ne connoissois personne dans le pays où je venois
d'arriver, et je n'avois que fort peu d'argent dans ma poche.

L'inclination que je m'étois sentie pour le métier de marin, étoit
entièrement passée, sans quoi j'aurois été alors bien à même de la
satisfaire. Mais ayant un autre état, et me croyant moi-même assez bon
ouvrier, je ne balançai pas à offrir mes services au vieux William
Bradford qui, après avoir été le premier imprimeur en Pensylvanie, avoit
quitté cette province, parce qu'il avoit eu une querelle avec le
gouverneur, William Keith.

William Bradford ayant peu d'ouvrage et autant d'ouvriers qu'il lui en
falloit, ne put pas m'employer. Mais il me dit que son fils, imprimeur à
Philadelphie, avoit depuis peu vu mourir Aquila Rose, son principal
compositeur, et que si je voulois aller le joindre, il s'arrangeroit
probablement avec moi. Philadelphie n'étoit qu'à cent milles plus loin.
Je n'hésitai pas à m'embarquer dans un bateau, pour me rendre à Amboy,
par le plus court trajet de mer; et je laissai ma malle et mes autres
effets, afin qu'ils me parvinssent par la voie ordinaire. En traversant
la baie, nous essuyâmes un coup de vent qui mit en pièces nos voiles
déjà pourries, nous empêcha d'entrer dans le Kill et nous jeta sur les
côtes de Long-Island[10].

[10] L'île Longue.

Pendant le mauvais temps, un Hollandais, ivre, qui, comme moi, étoit
passager à bord du bateau, tomba dans la mer. À l'instant où il
s'enfonçoit, je le saisis par le toupet, le tirai à bord et le sauvai.
Cette immersion le désenivra un peu, et il s'endormit tranquillement
après avoir tiré de sa poche un volume qu'il me pria de faire sècher. Je
vis bientôt que ce volume étoit la traduction hollandaise des Voyages de
Bunyan, mon ancien livre favori. Il étoit parfaitement bien imprimé, sur
de très-beau papier et orné de gravures en taille-douce; parure sous
laquelle je ne l'avois jamais vu dans sa langue originale. J'ai su
depuis qu'il a été traduit dans la plupart des langues de l'Europe; et
je suis persuadé qu'après la Bible, c'est un des livres qui ont été le
plus répandus.

L'honnête John est, à

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Dans la Révolution d'Amérique, le fils suivit le parti des Anglais, et fut quelque temps gouverneur de la province de New-Jersey.
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Je dois observer que, quoique la _Science du Bonhomme Richard_ ait déjà été publiée, je l'ai traduite de nouveau et mise à la fin du second Volume, car sans ce petit Ouvrage, les OEuvres Morales de Franklin auroient paru trop incomplètes.
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Il en avoit ainsi recueilli plusieurs volumes.
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Dans ce cas, on remettoit le couvercle à sa place, et la Bible demeuroit cachée comme auparavant.
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Combien de fois m'est-il arrivé de passer la plus grande partie de la nuit à lire à côté de mon lit, quand un livre m'avoit été prêté le soir, et qu'il falloit le rendre le lendemain matin, de peur qu'on ne s'apperçût qu'il manquoit ou qu'on n'en eût besoin! Par la suite, M.
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Tant que mon père m'avoit eu dans sa maison, il avoit exigé que j'allasse régulièrement à l'église.
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Je vendis une partie de mes livres pour me procurer une petite somme d'argent, et je me rendis secrètement à bord de la corvette.
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Keimer se mêloit aussi de faire des vers, mais ils étoient mauvais.
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Ainsi je fus obligé de payer sa dépense à l'auberge, et de le défrayer durant le reste du voyage; ce qui devint une charge très-incommode pour moi.
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--Puis, ouvrant la lettre, il s'écria:--«Oh! elle est de Riddlesden! J'ai découvert depuis peu que c'est un coquin fieffé; et je n'ai envie ni d'avoir affaire avec lui, ni de recevoir de ses missives».
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En attendant, nous pouvons faire venir de Londres une presse et des caractères.
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Cette infatigable assiduité, dont s'appercevoient nos voisins, commença à nous donner de la réputation et du crédit.
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Les conditions furent rédigées suivant les formes d'usage, par le procureur Brockden; et mon projet réussit, comme on le verra par la suite.
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Franklin commençoit à désespérer du succès de sa tentative, quand tout-à-coup il observa que quelques brins de la corde de chanvre s'écartoient l'un de l'autre et se roidissoient.
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On a avancé dernièrement que la gloire de completter l'expérience du cerf-volant électrique, n'appartenoit point à Franklin.
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FRANKLIN.
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Ceux qui seront désignés avec le nom de mon cousin Jonatham Williams, seront donnés à ce parent.
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Pratiquez toujours la vertu, et vous serez heureux.
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Dans quelque situation que soient placés les hommes, ils peuvent y avoir des agrémens et des inconvéniens; dans quelque société qu'ils aillent, ils peuvent y trouver des personnes et une conversation plus ou moins aimables; à quelque table qu'ils s'asseyent, ils peuvent y rencontrer des mets et des boissons d'un meilleur ou d'un plus mauvais goût, des plats un peu mieux ou un peu plus mal apprêtés; dans quelque pays qu'ils demeurent, ils ont du beau et du mauvais temps; quel que soit le gouvernement sous lequel ils vivent, ils peuvent y avoir de bonnes et de mauvaises loix, et ces loix peuvent être bien ou mal exécutées; quelque poëme, quelqu'ouvrage de génie qu'ils lisent, ils peuvent y voir des beautés et des défauts; enfin, sur presque tous les visages, dans presque toutes les personnes, ils peuvent découvrir des traits fins, et des traits moins parfaits, de bonnes et de mauvaises qualités.
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l'intérêt de son argent, pour le temps dont il doit en être privé.