Vie de Franklin, écrite par lui-même - Tome I Suivie de ses œuvres morales, politiques et littéraires

By Benjamin Franklin

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pour moi une lettre dans laquelle
il lui représenteroit les avantages de cette entreprise, sous un jour
qui, sans doute, l'y détermineroit. Il fut donc décidé que je
m'embarquerois dans le premier vaisseau qui partiroit pour Boston, et
que j'emporterois une lettre de recommandation du gouverneur, pour mon
père. En attendant, mon projet devoit être tenu secret, et je continuai
à travailler chez Keimer, comme auparavant.

Le gouverneur m'envoyoit inviter de temps en temps, à dîner avec lui. Je
regardois cela comme un très-grand honneur; et j'y étois d'autant plus
sensible, qu'il s'entretenoit avec moi de la manière la plus affable, la
plus familière et la plus amicale qu'il soit possible d'imaginer.

Vers la fin du mois d'avril 1724, un petit navire étant prêt à faire
voile pour Boston, je pris congé de Keimer, sous prétexte d'aller voir
mes parens. Le gouverneur me donna une longue lettre, dans laquelle il
disoit à mon père beaucoup de choses flatteuses pour moi, et lui
recommandoit fortement le projet de mon établissement à Philadelphie,
comme une chose qui ne pouvoit manquer d'assurer ma fortune.

En descendant la Delaware, nous touchâmes sur un écueil et nous eûmes
une voie d'eau. Le temps étoit très-orageux. Il fallut pomper
continuellement. J'y travaillai comme les autres. Cependant, après une
navigation de quinze jours, nous arrivâmes sains et saufs à Boston.

J'avois été absent sept mois entiers, pendant lesquels mes parens
n'avoient reçu aucune nouvelle de moi; car le capitaine Holmes, mon
beau-frère, n'étoit point encore de retour, et n'avoit rien dit de moi
dans ses lettres. Mon aspect inattendu surprit mes parens. Ils furent
charmés de me revoir, et tous, à l'exception de mon frère,
m'accueillirent très-bien. J'allai voir ce frère dans son imprimerie.
J'étois mieux vêtu que du temps que je travaillois chez lui. J'avois un
habit complet, neuf et très-propre, une montre dans mon gousset, et ma
bourse garnie de près de cinq livres sterlings en argent. Mon frère ne
me fit aucune politesse, et m'ayant considéré de la tête aux pieds, il
se remit à son ouvrage.

Ses ouvriers me demandèrent avec empressement, où j'avois été, comment
étoit le pays, et si je l'aimois. Je fis alors un grand éloge de
Philadelphie, et de la vie agréable qu'on y menoit; et je dis que mon
intention étoit d'y retourner. L'un d'entr'eux me demanda quelle sorte
de monnoie on y avoit: je tirai aussitôt de ma poche une poignée de
pièces d'argent, que j'étalai devant eux. C'étoit une chose curieuse et
rare pour eux; car le papier étoit la monnoie courante de Boston. Je ne
manquai pas ensuite de leur faire voir ma montre.

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«Il m'est difficile, Monsieur, de vous exprimer combien je suis touché du soin que vous voulez bien prendre de m'écrire.
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On fit les recherches sur les auteurs de ce méfait.
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[10] L'île Longue.
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Charmé de la description que je lui fis du pays que j'habitois, il désira d'y aller; et tandis que j'attendois la résolution de mon père, il prit, par terre, la route de Rhode-Island, laissant ses livres, qui formoient une asses belle collection d'ouvrages de physique et de mathématiques, pour être envoyés avec les miens à New-York, où il se proposoit de m'attendre.
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Je fis d'abord quelques difficultés, je feignis de désirer qu'on m'excusât; je prétendis que je n'avois pas eu le temps de faire des corrections.
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Il me donna plusieurs rendez-vous pour aller prendre ces lettres, qui, disoit-il, chaque fois, devoient certainement être prêtes: mais quand j'arrivois, il me remettoit sans cesse à un autre jour.
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Basket, imprimeur du roi, et une autre pour un marchand de papier, qui fut la première personne chez qui j'allai.
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; et tout cela étoit attribué au lutin qui fréquentoit la chapelle[22], et tourmentoit, me disoit-on, ceux qui n'étoient pas régulièrement admis.
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En conséquence, elle disposa de tous ses biens pour être employés en oeuvres de charité, ne se réservant qu'une rente annuelle d'onze livres sterlings, dont elle donnoit encore une partie aux pauvres.
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Denham de magasin en magasin, pour acheter des marchandises, soit à les faire emballer et à presser les ouvriers.
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et quoiqu'on eût déjà rapporté que cet homme étoit mort, nous n'en avions pas la certitude; d'ailleurs, en supposant que cela fût vrai, il avoit laissé beaucoup de dettes, pour le paiement desquelles il étoit à craindre que son successeur ne fût inquiété.
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M.
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On doit croire aussi qu'ils regarderont jusqu'à un certain point, les élèves comme leurs propres enfans; qu'ils les traiteront avec familiarité et avec affection; et que quand ils se seront bien conduits, qu'ils auront achevé leurs études, et qu'ils entreront dans le monde, les curateurs feront à l'envi tout ce qui dépendra d'eux pour les avancer.
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FRANKLIN.
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Ses soins ne furent point inutiles.
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Les frontières des colonies d'Amérique étoient très-exposées aux incursions des Indiens, sur-tout lorsque la guerre avoit lieu entre la France et l'Angleterre.
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Mais ses amis y conservoient encore une prépondérance décidée.
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Moi, Benjamin Franklin, après avoir considéré le testament précédent, ou ci-joint, je crois à propos d'y ajouter le présent codicile.
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On dit qu'elle est composée des cinq huitièmes de ce que nous mangeons.
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Celui qui dépense inutilement plus de quatre sous par jour, dépense inutilement plus de six livres sterlings dans un an; ce qui est l'intérêt ou le prix de l'usage de cent livres sterlings.